
| L'interrogatoire En le jour vingt-troisième d'Itanidia, par la grâce d'Ali et d'Ita, bonjour. Les prisonniers sont plutôt faibles. Parmi les 30, après l'interrogatoire, quatre ont parlé et vingt-trois ont succombé. Je retrouverai ici tel quel l'interrogatoire du premier, malgré les propos parfois insensés ou blasphématoires du prisonnier: "- Nom, métier, seigneur et patron. - Je suis Louis Aldaguo. Mon métier est de reconstituer mon pays. Mon seigneur est mort il y a longtemps, et son successeur doit encore arriver. Je n'ai pas de patron. - Pourquoi ? - Vos Dieux n'existent pas (ici, une correction lui a été infligée). - Que faisais-tu dans le maquis ? - Je l'ai déjà dit : je reconstitue mon pays. Je prépare le chemin à celui qui doit arriver." Une deuxième, puis une troisième correction n'ayant pas suffit à lui faire avouer ses crimes, nous avons fait appel à la Grande Direction, à travers l'Aledor et l'Ailorte. Le prisonnier a alors entamé un récit : "Nous étions, mes trois compagnons et moi (un de ceux-ci est de ceux qui ont parlé ; vous aurez son interrogatoire prochainement), dans la forêt. Nous chassions, nous nous sommes approchés des collines. Nous avons vu un sentier abandonné. Nous l'avons suivi. Nous nous sommes retrouvés dans une vallée, bien derrière la Tour. Nous avons fouillé les environs. Nous avons trouvé un autre sentier. Nous avons aperçu une caverne au loin. Nous y sommes entrés. J'ai allumé une torche. Nous nous sommes engagés dans un tunnel qui montait. Nous avons vu. (ici, un des interrogateurs pria énergiquement le prisonnier d'être moins répétitif et d'arrêter ces "nous avons"). On a vu des dessins sur les murs; ils indiquaient globalement un danger au bout du tunnel. (ici, le prisonnier fit une pause prolongée, il fut prié énergiquement de poursuivre) Ensuite, je me rappelle qu'à notre sortie du tunnel, nous n'avions qu'une idée en tête : reconstituer notre pays, reconstruire la ville ?????, libérer la Tour pour le retour de l'Habitant. Nous avons regroupé tous ceux qui ont bien voulu nous suivre et le soir même, nous avons pris d'assaut l'armurerie d'Oesis et nous nous sommes cachés dans les bois environnants. Le lendemain, vos troupes nous ont trouvés et capturés." Les moyens traditionnels n'ayant pas suffit à lui faire dire ce qu'il avait vu dans la dite caverne (j'ai, par ailleurs, envoyé des soldats rechercher cet endroit ; ils reviendront demain, je vous en parlerais alors), nous avons fait appel à la Suprême Question, par les soins et sous l'impulsion des ailortes, qui pensaient que le prisonnier avait effectivement oublié ce qu'il avait vu, mais qu'il pourrait par ce moyen raviver sa mémoire. Le prisonnier dit alors: "Au bout...grande salle...lueur, faible...verte... évanoui, un, deux....Paul et moi...toi devant...pierres... pierres...partout...pierres...autres salles...pierres vertes, lueurs...autel...pierre, grande...agenouillé." Il fit alors une pause. Il tendit les bras en avant comme pour rattraper quelque chose, et se mit à marmonner : "La statue...elle tombe...elle tombe..." Ici le prisonnier tomba puis s'évanouit. Aucun moyen ultérieur n'ayant réussi à en tirer plus, nous l'avons remis dans son cachot. Je dois m'arrêter. Je vous enverrai prochainement les autres interrogatoires. Votre humble serviteur, D. Emeral |
Virus - trimestriel du lycée Louis-le-Grand - Novembre 98