Honni soit Halloween


Que la véhémence de cette accroche n'abuse pas le lecteur : loin de moi tout intégrisme culturel. Bien pensant de mon état, je me mets d'ores et déjà à l'abri en affirmant que culture est évolution, que diversité est beauté et que l'étranger n'a que des charmes. Ayez donc l'indulgence de ne me pas présupposer fanatique détracteur des Amériques.
A quoi, à qui s'adresse ma vindicte ? Qu'Halloween se joue chaque automne dans les boîtes branchées, les ambassades américano-saxonnes ou autre institution d'outre atlantique implantée ici, qui pourrait y redire en toute bonne foi ?
J'entends pour ma part dénoncer le pathétique de tel café plus typiquement parisien que Notre-Dame, de telle franchouillarde pâtisserie -que sais-je encore ?- qui affichent des airs citrouillesques par le biais d'accessoires infiniment déclinés. L'archétype du matraquage commercialo-médiatique. A quoi bon d'ailleurs matraquer quoi que ce soit, puisque cela fait bien longtemps qu'en face l'apathie règne? Comment a-t-on pu arriver au point qu'en de telles occasions on prétende s'amuser sur commande directe des multinationales du divertissement ?
Cette passivité perméable nie pourtant catégoriquement l'extraversion créatrice débridée qui est l'essence même de toute festivité. Triste, triste état des lieux. A ce stade deux raisonnements : le type primaire, tendance électeur du FN, qui conduirait à se pelotonner dans un conservatisme rassis invectivant de temps à autre l'impérialisme américain (qui ne l'entendrait même pas) ; seconde option : relever ce qui n'est rien de moins qu'un défi à nos facultés créatrices. Il n'est pas sans un certain rapport formel entre culture et mémoire informatique : la "culture morte" déjà condensée par "les ancêtres" à l'état de livres et autres úuvres serait ce fameux patrimoine, héritage dont la France a la vanité de se dire riche ; elle s'oppose ainsi à la "culture vive". Cette dernière est le front de taille des tendances nouvelles, vivier des expressions dynamiques, avant garde artistique. Et de ce point de vue il n'est pas révolutionnaire d'affirmer que l'amour propre national a de quoi la rabattre et souffrir en silence.
De n'être plus une grande puissance économique et politique, peu sont ceux qui ne l'ont pas digéré, car l'on ne peut rien faire contre une situation géographique, une carence en ressources naturelles et la bêtise des politiciens. Cependant faut-il également se résigner à n'être plus sur le plan culturel qu'un obscur satellite recevant l'éclairage mondialiste du phare américain ? Le cynisme de ceux que cela n'émeut pas n'a d'égal que la faible portée de leurs vues sur la question.
Pour les indécrotables qui conserveront l'infini mauvais goût de supporter les relents de citrouilles frelatées lucrativement importées, je ne peux rien ajouter d'autre si ce n'est l'assurance renouvelée que cet article n'est pas dicté par une flamme misonéiste, mais par un dynamisme déçu qui n'aspire qu'à ne plus l'être. Quant aux autres, action et passion paraissent les meilleurs remèdes à mettre en úuvre.
Merci d'être allé au bout de cette logorrhée.



Virus - trimestriel du lycée Louis-le-Grand - Novembre 98